Bordel Organisé

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mardi, juillet 21 2009

Cyber-second-life : Everyone in silico, de Jim Munroe

Aujourd'hui, retour à la SF, autour du thème de la vie artificielle et de la réalité virtuelle alternative, avec Everyone in Silico de Jim Munroe, ouvrage datant de 2002.

Vancouver, 2036. La ville se vide petit à petit de ses habitants, qui disparaissent un à un, famille par famille, dans une sorte de répétition d'exode rural. La destination, cette fois : une autre ville, mais virtuelle, Frisco. Cette réalité alternative est un univers maintenu et organisé par des intelligence artificielles, et une corporation géante, Self. La vraie ville de San Francisco a elle été détruire par un tremblement de terre auparavant, et sa réplique virtuelle est devenu une sorte de pays de cocagne, le nouvel eldorado, the place to be, à la fois pour ses loisirs, sa retraite, sa vie professionnelle.

everyone_silico

Bien évidemment, tout le monde n'a pas les mêmes privilèges, et, selon le package choisi pour émigrer dans le virtuel, ses habitants sont plus ou moins harcelés par les pubs, spams, et autres joyeusetés du web moderne... L'humanité virtuelle change, évolue.

Nous suivons tout d'abord ceux qui sont restés dans cette ville qui se vide, ceux qui organisent une sorte de combat utopique pour une ville différente, une ville qui va retrouver un côté sauvage. D'autres sont à la recherche des leurs, car reste une question : que deviennent les corps qui rêvent de ceux qui choisissent d'émigrer à Frisco, et d'entrer dans le rêve virtuel. Personne ne le sait réellement.

Everyone in Silico a des petits côtés Cyberpunk, mais subtiles, raffinés. Le génie génétique est déjà has-been. La réalité virtuelle est en passe de ne plus l'être, mais d'être la seule qui compte réellement. Un côté Post-cyberpunk, donc, une société qui change radicalement. L'humour n'est pas absent du livre, certains côtés absurdes - et pourtant tellement plausibles - de Frisco sont excellents.

Autant l'annoncer directement, je n'ai pas trouvé le livre simple d'accès, et j'ai eu un peu de mal à y retrouver mes petits. La faute tout d'abord à l'édition du livre : pas de distinction claires des sections, et donc des changements de points de vue ou de personnage suivi. Je ne sais pas si c'est un choix de l'auteur ou un problème de l'édition électronique, mais changer du coup de point de vue sans s'en rendre compte immédiatement est déroutant, et complique certains passages. Autre chose : l'intrigue est touffue et met un certain temps à mettre en place tous les personnages, avant enfin, petit à petit, de faire se tisser les liens et relations entre eux, et de faire progresser l'histoire par petites touches de divers points de vue.

Par contre, une fois lancé, une fois le tout ficelé, et la cohérence révélée, le livre devient passionnant. Il vaut la peine de s'accrocher !

De l'auteur, je ne sais que peu de choses. Canadien, il a auto édité ses livres dans la maison "No Media Kings" après avoir visiblement été lassé et avoir quitté les maisons d'édition classiques. Je laisse wikipedia parler pour moi.

Je pense que je vais tâcher de lire autre chose de Jim Munroe pour me faire une idée plus fouillée. Le livre est trouvable en format papier ici ou sous format électronique sur feedbooks par exemple.

lundi, juin 29 2009

The Penal Colony, de Richard Herley : univers carcéral et insulaire

Allez hop, dans la série 'restons sérieux', j'embraye sur The Penal Colony que j'ai fini de lire aujourd'hui, par Richard Herley.

Comment suis-je arrivé à cet ouvrage ? Eh bien j'ai il y a quelques temps lu deux autres livres de Richard Herley, Refuge et The tide mill, qui m'ont été fort agréables et intéressants. Ce dernier mérite d'ailleurs que je lui consacre un billet ! Voulant changer un peu de la science fiction, je me suis laissé tenter par The Penal Colony qui est un ouvrage bien antérieur (1987, quand même !).

penal colony

L'histoire commence par le réveil d'un homme plutôt cultivé, John Routledge dans une bicoque rustique. Cet homme est ligoté, attaché, et pense avoir été drogué et inconscient. Un homme lui apprend qu'il se trouve sur l'île pénitentiaire de Sert, une île pour détenus de catégorie Z, la pire. Son histoire lui revient rapidement : une rencontre fugace dans le train avec une femme, retrouvée morte par la suite, des preuves l'accablant. Un procès sans appel, un séjour dans une prison sur le continent avant ce transfert vers Sert par hélicoptère. Il pense être innocent, et se retrouve plongé dans cet enfer.

Il se rend compte qu'il est arrivé dans une sorte de société organisée, le Village, régenté par un homme appelé le Père, et qu'avant qu'il puisse potentiellement en faire partie, il devra passer six jours à l'extérieure de l'enceinte du Village, sans aide, six jours de survie en compagnie des détenus qui eux n'ont pas été admis dans le village, ou en ont été chassés. Il a à peine le temps de récupérer un couteau, une parka, et le voilà à l'extérieur dans la grisaille de l'île britannique, sachant qu'au moins deux autres communautés existent sur l'île... et seraient à éviter.

Et dès cet instant le livre plonge dans une sorte de régression de la société, dans cet univers carcéral coupé du monde où tout se réinvente. On oublie bien facilement que l'histoire est quasi contemporaine, on pourrait croire qu'elle se situe à un âge sombre de l'an mil. C'est en ce sens que j'ai vraiment été passionné par le livre. L'adaptation des détenus, les uns dans un semblant de ville organisée, comme une seconde chance d'être respectables, les autres redevenus à l'état sauvage, ou organisés selon le modèle de la tribu primitive, où la loi du plus fort est la seule qui existe.

L'administration pénitentiaire laisse ces hommes à leur déchéance et leur destin, ne faisant qu'apporter un ravitaillement régulier par hélicoptère à ceux du Village, dans une sorte d'entente tacite, mais leur empêchant quoi qu'il en soit toute fuite possible, à la fois par la rudesse et la difficulté de l'île de Sert et de sa mer elle même, et par un espionnage constant : satellite, radars, hélicoptère. L'île n'en est pas moins un mouroir organisé, hors de tout respect des droits humains.

Bref, cela va être une histoire de survie, un apprentissage et une initiation pour Routledge au respect des autres, de ce qu'ils sont devenus malgré leur passé... et un moyen de garder l'espoir de vivre comme un Homme, et pourquoi pas l'espoir de ne pas finir ses jours sur cette île.

J'ai vraiment apprécié ce livre. Je vous le recommande. Vous pouvez le trouver sur feedbooks, ou sur le site de l'auteur, directement. Sur celui-ci il est possible de faire un don à l'auteur si le cœur vous en dit et si le plaisir a été au rendez-vous, ce que j'ai personnellement fait. Je ne sais pas ce que donne cette politique d'auto édition, il serait d'ailleurs utile que je pose la question à l'auteur, mais la démarche est en tous cas intéressante et je la soutiens.

mercredi, juin 24 2009

Cyberpunk & Biomod : Roo'd, de Joshua Klein

Allez, je vais tâcher d'un plus rigoureux et je fais donc dès maintenant partager mon retour après lecture de Roo'd, de Joshua Klein, que j'ai terminé hier.

Roo'd (qui vient de 'Kangaroo'd, 'kangourisé') est un livre classique du genre cyberpunk. A ce titre, on y retrouve les codes et éléments clefs du genre : technologie plus avancée, pirates informatiques (deckers), modifications et customisations corporelles poussées, corporations surpuissantes, gros flingues et dans l'ensemble une vision plutôt glauque et noircie du futur.

Roo'd

L'action nous transporte dans un futur pas si lointain de notre terre, dans une géopolitique proche de l'actuelle (USA, Chine, entre autres). Une jeune garçon handicapé et rangé, Fede, travaille dur à parfaire ses connaissances en informatique et semble avoir un destin tout traçé : école prestigieuse, puis se trouver un travail sûr dans une corporation influente. Le train train. Handicapé ? Oui, le jeune homme est né sans jambes. Pas si gênant que ça dans un monde cyberpunk : il dispose de prothèses amovibles, certes pas dernière génération mais amplement suffisante pour marcher aussi bien que tout le monde... Puis, quasi par hasard réapparait un frère, Tonx, qu'il idolâtrait et qui avait coupé les ponts depuis plusieurs années. Lui avait à ce moment là décidé d'abandonner une voie similaire dans le génie génétique, de tout plaquer, pour suivre une voie alternative dans les milieux undergrounds.

La suite est assez simple à deviner, Tonx entraine son frère dans une aventure où il aura besoin de ses talents de hacker. Autour des deux frères gravitent quelques personnages clef : le hacker mentor mystique, le combattant à mi-cyborg, et forcément, la 'fille' bricoleuse de talent. L'objectif va être ambitieux : exfiltrer un scientifique d'une corporation et exploiter ses données en créant un virus informatique permettant de créer une plateforme géante de grid computing. Forcément, les choses se corseront et le programme initial sera bien malmené.

Pourquoi 'Roo'd', pourquoi le kangourou ? Cela vient d'une biomod très rare et prestigieuse : se faire remodeler les jambes pour avoir une seconde articulation, comme un kangourou, et être capable de prouesses athlétiques.

Mon retour : Roo'd ne révolutionne pas le genre, il en exploite au contraire toutes les ficelles de manière assez classique. Du coup, les stéréotypes sont très peu originaux, sans grande surprise. Le scénario n'est pas ininteressant, mais un peu léger, j'ai trouvé, sur certains points, entre autres la rencontre des deux frères. Un peu trop mécanique. Il n'en reste pas moins que le livre reste agréable à lire, et que certains points sont bien trouvés (mention clin d'oeil à Disney, je crois que je n'avais jamais vu de cyberpunk où Disney est l'une des corporations tyranniques... mais polie !). A lire sans se prendre la tête !

J'ai peu d'informations au sujet de l'auteur, à part celles disponibles sur son site personnel. Il a l'air d'être un touche à tout des études sociologiques humaines ou animales (entre autres pas mal de références autour du comportement des corbeaux). Ce livre semble être sa seule publication littéraire. Le livre peut se trouver sous format électronique sur le site de Joshua . Disponible sur d'autres moyens de diffusions, entre autres feedbooks, et sous format papier, selon une formule de micro impression que je ne connaissais pas sur CreateSpace

samedi, juin 20 2009

Les outils du métier : le lecteur d'ebooks Cybook Gen 3

J'ai dans mes messages précédents insisté systématiquement sur la distribution en ligne sous forme d'ebooks, et je continuerai à le faire. La raison en est bien simple : je veux croire en cette forme de distribution et commercialisation de la littérature. Par contre, vu la pénibilité élevée de la lecture sur écran d'ordinateur, il n'est pas possible d'utiliser pleinement les livres électroniques sans un périphérique adapté à la lecture.

Historiquement, j'ai (re)découvert les livres électroniques distribués sous licence libre ou dans le domaine public il y a peu plus d'un an et demi, après avoir changé de téléphone pour un modèle tactile et disposant d'un écran raisonnable (un HTC Touch). Il fallait bien à ce moment là trouver une utilité à cette brique... et je me suis mis à lire sur le téléphone des classiques, principalement dans les transports quotidiens. Je ne cacherai à personne que lire Les Hauts de Hurlevent, La Divine Comédie, l'assommoir ou le Ventre de Paris sur un écran de 7cm de diagonale soit particulièrement confortable... mais ça se fait.

J'avais déjà pu voir un périphérique à écran e-ink auparavant, et lassé de me fatiguer les yeux sur ce tout petit LCD, j'ai sauté le pas il y a un peu plus d'un an pour un Cybook Gen 3, commercialisé par la société française Bookeen.

cybook_overall

Et d'un coup, ça change la vie de lecteur. La technologie e-ink est d'un confort incomparable. L'expérience de lecture est vraiment identique à celle d'un livre papier. Il n'y a pas de luminosité émise par l'écran -ce qui veut dire qu'il n'est pas possible de lire dans le noir avec, comme pour un livre papier-, donc peu de fatigue oculaire. L'écran est grand (15.5cm de diagonale) et sa définition riche. La liseuse est à peine plus grande qu'un livre de poche, pèse à peine plus d'une centaine de grammes, et peut emporter nativement pour 512mo de livres, le tout complété au besoin par une carte SD.

Autant dire que pour compléter cela avec autre chose que des documentations techniques PDF volumineuses, je peux m'accrocher.

Autre point fabuleux de la technologie d'encre électronique : sa faible consommation électrique. Concrètement, l'écran ne consomme d'énergie que lors d'un changement de page. Le reste du périphérique (qui est au final un petit ordinateur sous distribution linux) consomme lui extrêmement peu en utilisation. Le tout se conjugue pour donner une autonomie annoncée de 8000 changements de page. Concrètement, de mon expérience, ça donne une recharge toutes les 3 semaines au plus tôt, pour une utilisation matin et soir dans les transports, et en soirée chez moi. Il est presque possible d'oublier que cela doit être rechargé...

cybook_livre

Tout cela mis bout à bout fait qu'il est possible de partir en vacances avec son lecteur d'ebooks sous le bras, et avec une dizaine de nouveaux livres ne demandant qu'à être lus, le tout dans un volume et poids ridicule. C'est cet argument qui m'a poussé à sauter le pas : j'en avais assez de me retrouver à court de lecture en n'étant pas chez moi.

Bref, après une année d'utilisation quotidienne de cette liseuse je crois que je n'avais jamais autant utilisé et rentabilisé un achat qui pourrait passer pour gadget de geek.

Certes, tout n'est pas non plus rose, le produit n'est pas encore 100% mature et il lui reste des défauts, principalement logiciels (un firmware en corrigeant une bonne partie se fait d'ailleurs désirer depuis plusieurs mois... et bookeen n'est pas un modèle de communication et de respect des engagements en la matière), de lecture des gros PDFs (ça crash le plus souvent... mais ça n'est pas mon usage donc cela ne me gène pas) et liés à la disposition de ses boutons. Toutefois cette liseuse remplit bien son objectif qui est de permettre la lecture d'ebooks numériques, sans fioritures, sans dispositifs communicants (wifi ou autre) plus drains de batterie qu'autre chose, et à un prix abordable (enfin tout est relatif, cela reste fort cher) : 280€.

cybook_text Sans ce produit en tous cas je n'aurai jamais pu découvrir en ce moment tout ce pan de la SF anglo saxonne moderne que je lis actuellement... et ne serait-ce que pour cela, mon cybook m'est maintenant indispensable !

Se reporter au site de bookeen pour les spécifications de l'appareil. Je ne m'étendrai pas dans ce billet (peut-être pour plus tard ?) sur les différents formats d'ebooks existant actuellement. Je ne parle pas non plus de la concurrence et des autres lecteurs qui existent sur le marché, mais vous donne le lien d'un très bon site et forum dédié aux liseuses qui répondra certainement aux questions que vous n'oserez poser ici : Mobileread !

PS : Les photographies sont maison. Attention, les gros plans sont effectués avec un objectif macro à son grossissement maximum, d'où le fait que le 'grain' du papier électronique soit visible - et c'est voulu. Il faut voir que dans les faits, le rendu est très, très, très proche du papier normal. A la lumière du soleil, il peut être difficile de faire la différence !

vendredi, juin 19 2009

La trilogie des Rifters de Peter Watts

Je l'avoue. J'ai mollement cédé à la paresse et mes bonnes résolutions se sont arrêtées dès le premier billet.

Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir subis moult rebondissement dans cette sordide affaire Hadopi... Je l'avoue, dans ses derniers dénouements, j'avais totalement perdu foi en le système et ne pensais pas que les sages, en dernier rempart, rayeraient d'un trait de plume une partie ô combien cruciale de cette loi. En résumé... qu'avons nous vu ? Les députés de la majorité voter droits dans leurs bottes et les yeux fermés pour une loi que tant de personnes décriaient comme liberticide et non conforme... pour se voir fort justement déboutés. Nous frisons le comble du ridicule, mais malheureusement aussi du dangereux. Bref. Reste à suivre les manipulation à venir du gouvernement pour tenter par un moyen détourné je n'en doute pas de faire un lien au rabais avec le pénal... Mais un grand pas a déjà été fait.

Retournons à nos livres. Aujourd'hui, je voudrais parler de la trilogie des 'Rifters' de Peter Watts, à savoir Starfish, Maëlstrom et Behemoth. Cette trilogie a été publiée dans une licence Creative Commons. Starfish

Plantons le décors initial de cette trilogie : un noir absolu. Trois kilomètres d'eau au dessus de nos têtes, dans le Pacifique. Soudain, quelques points lumineux, des poissons, une faune bioluminescente. Suivons là... pour arriver à une lueur rougeâtre, celle des entrailles de notre terre. Ca et là, de colossales colonnes d'eau surchauffée et noirâtre, et partout autour, grouillante, toute une faune de vers, crabes, agglutinés et énormes.

Plus loin, une minuscule lumière perdue sur ce récif : Beebe. Une station de profondeur, et ses générateurs géothermiques qui alimentent la côte nord américaine. Et ses habitants, les Rifters, des humains adaptés aux profondeurs, à la pression et au travail sous marin par la biomécanique et la chimie.

Pas forcément adaptés par contre à l'oppression claustrophobique et la station et à l'immensité sombre de ces profondeurs.

Voilà le point de départ de cette trilogie, qui, en suivant l'une de ces Rifters (comment traduire ce terme en français ? j'ai du mal), nous mènera dans cette terre d'un futur proche, vers la moitié du XXIe siècle. Maelstrom

Les grands thèmes vont être scientifiques : l'évolution des espèces (humaines ou non), la compétition pour la survie, la virologie (biologique et informatique). Ils sont également humains : inadaptation à la société, rébellion, organisation du pouvoir. La trilogie nous emmène petit à petit vers un monde de la catastrophe, un monde en cours de transformation, vers l'apocalyptique.

Les livres sont plutôt prenants, alors je suis certainement partial car subjugué et passionné par la biologie marine et les grands fonds, mais tout de même. La technologie est à la fois deshumanisante et plausible. L'approche et la vision même d'internet -devenu Maelstrom- incontrôlable, et inutilisable, laisse à réfléchir. Je recommande chaudement.

Behemoth

Ils sont disponibles en VO, par exemple sur le site de l'auteur en plusieurs formats (attention les yeux... j'ai du mal à recommander ce site qui est, comme dire... laid, et où il est peu pratique de naviguer) , mais je recommande de les récupérer plutôt dans divers format électronique correct sur Feedbooks : Starfish Maelstrom et Behemoth. Ils sont également disponibles à l'achat en anglais en version papier (trouvable sur Amazon par exemple).

Wikipedia est très succinct sur leur auteur, Peter Watts. Il n'empêche que Watts est biologiste spécialisé dans les mammifères marins. Cela explique le réalisme et la crédibilité des aspects futuristico-scientifiques des livres. A noter également, un autre de ses livres, Blindsight (Vision Aveugle en français, sorti en version papier cette année et disponible sur Amazon fr aussi), que j'ai lu et dont je parlerai peut-être dans un futur billet, a été nominé en 2007 pour le prix Hugo.

mardi, avril 28 2009

A l'heure d'Hadopi, un livre à lire, Little Brother

C'est ulcéré, excédé et énervé par les méandres de stupidité de la future loi Hadopi qui, je n'en doute pas, va grâce à un superbe effet "Mouton" de la majorité être reproposée aujourd'hui  (puis certainement être revotée et acceptée) que j'ai décidé de prendre le clavier et réellement lancer ce blog.

Cette loi techniquement inepte et inapplicable, liberticide et en totale opposition avec l'évolution des technologies de l'information et des usages de communication fera probablement d'aujourd'hui une journée à marquer d'une pierre noire dans l'histoire de la législation française.

Bref, mon but sera à ma modeste échelle de promouvoir la littérature tant française qu'anglo-saxonne, et particulièrement la littérature libre. Je vais essayer de présenter mes lectures au fil de l'eau, et de partager avec ceux qui s'y intéresseront ces expériences, en espérant également profiter de la curiosité et des conseils qui pourront ressortir de ces échanges.

Aujourd'hui, pour ce premier billet, j'aimerai profiter de l'occasion pour parler d'un livre que j'ai lu il y a quelques semaines et qui est fort à propos, Little Brother, de Cory Doctorow (son site), publié en 2008.

Son auteur est, je cite Wikipedia, "un blogueur, journaliste et auteur de science fiction canadien". Il est en tous cas un fervent défenseur des libertés individuelles, en particulier dans le domaine du numérique. Il prône entre autres une approche libérée des échanges numériques, en particulier contre les DRMs, contre productifs et bien trop restrictifs. Dans sa démarche d'auteur, il a choisi de systématiquement mettre gratuitement à disposition des internautes des versions électroniques libres de verrous (et souvent libres de droits) de ses œuvres. Sa démarche n'est pas irréfléchie, au contraire, il n'hésite pas à disserter à ce sujet et je vous laisse le soin de lire son argumentaire pour plus de détails, mais pour résumer très schématiquement, cela s'articule entre autres autour des points suivants :

  • Les personnes consommant le plus de produits culturels, d'une manière ou d'une autre, légalement ou non, par quelque moyen que ce soit, sont ceux qui achètent également au final le plus
  • Diffuser ainsi ses livres accroit sa popularité, et lui permet d'atteindre un public plus vaste. Le vrai risque d'un auteur n'est pas que son livre soit piraté pas quelques personnes, mais qu'il sombre dans l'oubli et qu'il ne soit connu que de quelques personnes. Mieux vaut donc qu'une oeuvre soit diffusée le plus largement possible, et Internet est un très bon moyen pour ce faire.
Je ne fais que citer de mémoire ces deux points, mais la démarche est là, elle est cohérente et logique, et a tout son sens.

Attaquons maintenant le livre en lui même.

Little Brother, de par son titre même, fait référence, forcément, au Big Brother du 1984 de George Orwell (voir ce lien ), satyre d'une société autodestructrice où les libertés individuelles sont réduites à néant, et la surveillance, délation, torture psychologique, propagande (pardon, vérité gouvernementale) et manipulation de l'histoire sont loi.

Nous allons retrouver dans cet ouvrage à nouveau comme antagoniste un état excessif, manipulateur et liberticide, celui des Etats Unis d'Amérique post 11 Septembre et guerre contre le terrorisme. Des jeunes vont se retrouver injustement et dramatiquement happés dans par cette machine et, meurtris, vont apprendre à se rebeller pour sauvegarder un certain idéal de liberté. Leurs outils seront ceux de l'Infowar, la guerre numérique. Les enjeux pour eux seront donc d'apprendre à communiquer, de pouvoir s'organiser, d'essayer à leur échelle de se rebeller contre ce système injuste et inepte tout en échappant à l'épée de Damocles que serait se faire démasquer et trouver.

L'intrigue fait bien sur résonner la fibre geek qui est en moi, mais son approche, son écriture se veut didactique et devrait permettre même aux non initiés de comprendre les enjeux se cachant derrière les libertés  numériques. L'histoire est prenante, très rythmée, le livre se dévore avec entrain et avec un soupçon de subversion qui fait forcément plaisir par les temps qui courrent.

Ne pas toutefois s'alarmer de la comparaison avec 1984, Little Brother est résolument plus léger et destiné à un publique plus jeune que celui-là. Le ton est tout de même plus optimiste, moins oppressant et brisant. Les messages importants n'en passent pas moins, et cette lecture est à recommander très fortement aux adolescents et jeunes adultes, à minima ! A titre personnel, j'ai vraiment apprécié.

Last, but not the least, Little Brother fait partie des nominés pour les Hugo Awards 2009 dans la catégorie du meilleur roman. Rien que ça. Gage de qualité !

A titre d'anecdote, notons que Cory Doctorow a dédié chaque chapitre de son livre à un libraire (ou une chaine de libraires) qui a marqué sa vie de lecteur. Cela va d'Amazon à de petits magasins spécialisés. Ces dédicaces, argumentées, permettent de se rendre compte de l'importance qu'ont tous ces petits (ou grands) libraires, éditeurs, bref, tous ces acteurs des métiers du livre, quand ils sont disponibles pour leurs clients et permettent de découvrir des perles et d'échanger sur des livres.

Pour conclure, foncez, n'hésitez pas. Ce livre n'est pour le moment disponible qu'en version originale anglaise. Je ne doute pas qu'il sera très rapidement traduit ! Vous pouvez le trouver sur Amazon en version papier, ou en version digitale ici par exemple chez Cory, ou alors sur feedbooks entre autres.

Je reparlerai plus amplement des livres éléctroniques dont je suis friand consommateur dans des billets ultérieurs, à n'en pas douter.
Sur ce... a bientôt !